Reprendre le chemin du travail après un effondrement personnel ne s'improvise pas. La Revue de Gestion d'HEC Montréal a consacré un article à ce sujet dont les principaux enseignements sont repris ci-dessous.
Bonne lecture.
La reprise est naturellement anxiogène
Crainte de retomber dans la « spirale » de l’épuisement et de revivre les mêmes souffrances.
Peur d’être jugé par les collègues qui ont dû prendre le relais pendant l’absence.
Inquiétude de ne pas réussir à poser des limites claires et à protéger son équilibre.
Anxiété liée à la peur de perdre le contrôle de ses émotions ou de ne pas être à la hauteur.
Rappel que le retour à l’efficacité n’est ni immédiat ni total : il s’agit d’un processus sur plusieurs mois.
Certains comportements ou éléments de contexte peuvent compliquer le retour
Les stimuli liés au travail (courriels, textos, appels) deviennent des signaux d’alarme et déclenchent une réponse de stress (conditionnement émotionnel).
L’angoisse est renforcée quand la personne associe trop sa valeur personnelle à sa réussite professionnelle.
Les profils perfectionnistes, très exigeants envers eux-mêmes et peu autocompassionnés, sont particulièrement vulnérables.
Viser la perfection est irréaliste, surtout quand les conditions et ressources ne suivent pas.
Nécessité de dissocier ses capacités personnelles des exigences du travail pour maintenir une distance psychologiquement saine.
Un nécessaire travail sur soi avant de repartir au bureau
Importance d’un accompagnement individuel pour analyser ses schémas de pensée.
Réflexion sur les causes de l’épuisement professionnel et sur son rapport à la performance.
Identification des comportements à modifier (surinvestissement, incapacité à dire non, etc.).
Objectif : devenir moins son « propre ennemi » et développer plus d’autocompassion.
L'employeur se doit d'agir de son côté
L’entreprise devrait manifester son soutien dès le début de l’arrêt de travail et maintenir un contact bienveillant pendant toute la durée du congé.
Nécessité d’analyser ce qui a pu causer l’épuisement : contexte de travail, charge, risques psychosociaux.
Révision des tâches et de la charge de travail pour éviter une récidive.
Intérêt d’une évaluation ergonomique du poste pour identifier des ajustements (formation, organisation des tâches, outils).
Le bien-être au travail est une responsabilité partagée : l’employeur doit offrir un environnement sain, l’employé doit prendre soin de sa santé mentale.
Le manager joue un rôle clé dans la réussite du retour
Les organisations sont invitées à outiller les managers pour qu’ils sachent accompagner correctement les retours.
Le manager doit faire preuve d’empathie, d’écoute et de compréhension des différences individuelles dans le temps d’adaptation.
La souplesse (horaires, modalités de reprise, attentes) est essentielle pour favoriser une réinsertion durable.
Reprendre ses repères prend du temps
Le temps pour retrouver ses pleines capacités peut varier : de 3 à 6 mois, parfois jusqu’à un an.
Vouloir aller trop vite ou nourrir des attentes irréalistes augmente le risque de rechute.
Proposition de reprise progressive : alterner des semaines d’expérimentation (exposition à différentes situations de travail) et des semaines de consolidation.
Éviter une reprise brusque à temps plein (5 jours) et privilégier une transition en douceur (mi-temps...).
Les signes d’un rapport au travail redevenu sain sont les suivants :
Sentiment d’engagement au travail sans surinvestissement.
Plaisir retrouvé dans l’accomplissement des tâches et regain d’énergie.
Capacité à poser ses limites et à maintenir un équilibre, en donnant au travail sa juste place, mais pas toute la place.

